Portrait en bref du projet «Naturhof» de Kientalerhof AG
Cette ferme d’altitude produit des denrées alimentaires de manière durable tout en aménageant de précieux habitats pour la faune et la flore, mais aussi pour l’être humain. Il suffit de faire quelques pas dans les jardins pour comprendre pourquoi Melanie Adler et Samuel Kaess, deux des dix personnes qui travaillent à la ferme, l’ont surnommée leur « biotope de paix » : dans les plates-bandes, un doux bourdonnement semble paisiblement bercer choux, carottes, et autre potirons.
Il y a encore quelques années, ces mêmes terres étaient destinées à l’exploitation herbagère, comme la pratiquent les fermes environnantes. Aujourd’hui, la ferme se distingue nettement des pâturages alentours : plus de 50 variétés de légumes et d’herbes aromatiques y prospèrent, aux côtés d’arbres fruitiers et d’autres arbustes. La ferme offre ainsi de précieux habitats – un véritable biotope de paix – pour la faune et la flore, mais aussi pour les femmes et les hommes qui y vivent et y travaillent. Melanie Adler, Samuel Kaess et leurs collègues proposent en outre diverses offres de formation et de participation. Leur présence et leur travail contribuent à dynamiser et à valoriser la région ainsi que sa qualité de vie.
Avec le projet « Exemples de bonnes pratiques pour un système alimentaire durable », Biovision offre une tribune aux initiatives et projets en Suisse qui contribuent à façonner un système alimentaire durable. Nous souhaitons démontrer que des solutions viables existent et qu’un changement vers plus de durabilité est possible !
Le projet « Naturhof » en ligne
Une gestion inspirée de la nature
Les principes de l’agroécologie et ceux de la permaculture vont de pair et peuvent très bien se compléter. Dans ses cultures, la ferme mise sur la diversité, la vitalité du sol, la constitution d’humus et une interaction respectueuse avec la terre, l’humain et l’animal. Aussi contribue-t-elle dans une large mesure à accroître l’efficacité d’utilisation des ressources (principes 1 et 2 du graphique B-ACT) ainsi que la résilience (principes 3 à 7). En matière de diversité, le système agroforestier récemment mis en place apporte une valeur ajoutée sur la ferme en renforçant la tenue du sol et en constituant autant de remparts aux événements météorologiques extrêmes. Le volet recyclage (principe 1) est également à l’honneur à la ferme, puisque le compostage y occupe une place prépondérante : la biomasse produite par l’entreprise Kientalerhof AG, qui gère la ferme naturelle mais aussi un campus de thérapie corporelle, est transformée en compost ou en petites structures (tas de branches, paillis, etc.). Pour l’heure, la ferme ne recycle toutefois pas son eau ni ne produit sa propre énergie.
Un ancrage local
La ferme se caractérise en outre par une grande connectivité (principe 11). Ses cultures sont aménagées en espaces « légumes », « herbes aromatiques » et, depuis 2021, « agroforesterie ». Les herbes sont transformées à la ferme pour confectionner notamment des sels et des d’huiles aromatisés, des pommades et des mélanges de tisanes. Les produits sont en vente au magasin du village et, une fois par semaine, directement à la ferme. Ils servent en outre à approvisionner la cuisine du centre d’accueil de Kientalerhof AG. L’objectif : rester ancré localement.
Co-création et partage de connaissances
Parallèlement aux cultures, la ferme organise un large éventail de formations, ce qui permet à l’équipe de contribuer à la co-création de connaissances (principe 8). Melanie Adler, Samuel Kaess et leurs collègues proposent notamment des séances d’information, des ateliers sur les herbes sauvages et des cours sur la production de semences ou le compostage de surface (stimulation de la vie du sol, création d’humus).
Comment fonctionne l'évaluation avec l'outil B-ACT ?
Le B-ACT reflète l’orientation des entreprises, des projets et des initiatives vers les 13 principes agro-écologiques du « High Level Panel of Experts on Food Security and Nutrition » (HLPE).
Chaque principe s’inscrit dans l’un des trois thèmes généraux :
- Augmenter l’efficacité des ressources
- Renforcer la résilience
- Assurer la justice sociale
Pour tous les principes, Biovision a élaboré des questions en collaboration avec des partenaires, qui ont été intégrées dans le B-ACT. Plus le nombre de questions auxquelles il est possible de répondre positivement pour une initiative ou un modèle commercial est élevé, plus la contribution au principe correspondant est importante.
Les points forts du projet
La diversité est un maître mot à la ferme : le potager, le jardin aromatique et le système agroforestier abritent un nombre impressionnant de variétés et d’espèces sur une petite surface. Chaque espace joue son rôle dans cet écosystème équilibré. À mesure qu’ils gagnent en expérience, Melanie Adler et Samuel Kaess affinent leurs méthodes de culture et leur connaissance des variétés les plus adaptées à l’emplacement et à l’altitude, qui se caractérisent par une saison courte et des conditions météorologiques changeantes. Sans oublier qu’ils produisent eux-mêmes leurs semences. Malgré des investissements et un budget très réduits, les récoltes sont abondantes.
La ferme est entourée d’exploitations pratiquant l’élevage. Elle constitue la preuve qu’il est possible de cultiver des légumes en altitude en harmonie avec la nature.
Le projet « Naturhof » propose diverses offres de formation et contribue ainsi à co-créer et à diffuser des connaissances.
Quels sont les défis à relever par le projet « Naturhof »
L’emplacement géographique de la ferme constitue à la fois une chance et un défi. La saison des cultures maraîchères est courte et la ferme ne dispose pas d’un grand nombre de serres. Cela réduit les possibilités de culture, mais incite à tester de nouvelles méthodes et de nouvelles variétés.
La ferme étant répertoriée par la Confédération parmi les entreprises agricoles exploitées à titre de loisir, elle ne reçoit pas de paiements directs. Bien que le système suisse des paiements directs souhaite encourager une production durable et proche de la nature, des fermes telles que la « Naturhof Kiental », qui créent des habitats sains avec un budget serré, ne sont pas prises en considération. Actuellement soutenue financièrement par la société Kientalerhof AG, la ferme souhaite pourtant pouvoir voler de ses propres ailes. Pour Melanie Adler et Samuel Kaess, pour négocier le virage de l’alimentation durable, il est impératif que des modèles tels que le leur puissent avoir accès aux paiements directs.