Avenir alimentaire: la parole aux citoyen·nes

Par

Niklaus Salzmann, Biovision

La première Assemblée Citoyenne de Suisse élabore des solutions communes pour une alimentation durable.

L’assemblée regroupe 85 personnes de tous horizons et de tous bords politiques. Toutes les régions linguistiques sont aussi représentées dans cette première Assemblée Citoyenne de Suisse que lancent Biovision et des organisations partenaires dans le cadre du projet « Avenir alimentaire de la Suisse » (voir encadré). Pour que la population suisse se reconnaisse dans cette assemblée, les participant·es ont été présélectionné·es selon des critères représentatifs puis tiré·es au sort. Ensemble, il·elles examinent com- ment rendre le système alimentaire de la Suisse plus durable. 

La première rencontre, qui a eu lieu en juin, a permis aux participant·es de découvrir le sujet grâce à des présentations de parties prenantes telles que l’Union suisse des paysans, la communauté d’intérêt du commerce de détail suisse ou encore Alliance Sud. D’ici l’automne, les participant·es discuteront en petits groupes lors de huit rencontres en ligne. Des visites de terrain leur permettront de voir des exemples concrets de bonnes pratiques en matière de durabilité en Suisse. En novembre, le plénum délibérera sur les recommandations des groupes thématiques. Les propositions adoptées seront ensuite remises aux représentant·es politiques et administratif·ves ainsi qu’à d’autres parties prenantes. 

Nadia, 71, aus dem Tessin, Mitglied des Bürger:innenrats für Ernährungspolitik
« Je suis agricultrice. Le sujet m’intéresse depuis ma plus tendre enfance. Je trouve fantastique que le processus parte de la base et que les citoyen·nes ordinaires que nous sommes aient leur mot à dire ! »
Nadia Catelli Matasci, 71, Tessin

Acquérir des connaissances concrètes sur des pratiques durables 

Afin d’approfondir leur connaissance de la diversité du système alimentaire suisse, des visites de terrain ont eu lieu de juillet à août. Les membres de l’Assemblée Citoyenne ont visité des exemples de pratiques viables et réussies dans toute la Suisse. Ces excursions leur ont permis d’élargir leurs connaissances concrètes sur des pratiques exemplaires sur le plan de la durabilité dans des domaines divers, de la production et la transformation à la vente. L’accent était mis sur une représentation équilibrée des différentes approches : systèmes de culture conventionnelle ou biologique, régions de montagne ou de plaine, etc. Les expériences réalisées et les connaissances acquises serviront à alimenter les discussions au sein de l’assemblée.  

Voilà les dix visites de terrain qui sont organisées dans toute la Suisse :

Une solution aux blocages politiques 

Si la Suisse n’avait encore jamais organisé d’assemblée citoyenne nationale, d’autres pays ont déjà tenté l’expérience. En Irlande, il existe depuis 2016 une « Citizens’ Assembly » formulant des propositions sur divers thèmes tels que le vieillissement de la société ou le changement climatique. Lors des débats sur l’avortement, cette assemblée a même permis de sortir le pays de l’impasse politique. Elle a formulé une recommandation qui a débouché sur un référendum, dont le résultat a été la suppression de l’interdiction de l’avortement. 

En Suisse, quelques villes ont déjà associé leurs habitant·es aux prises de décision. À Winterthour, un panel citoyen de 22 personnes a proposé ce printemps des pistes pour une alimentation neutre pour le climat. La municipalité examine actuellement quelles recommandations intégrer dans son plan de mesures. Il a notamment été proposé d’organiser davantage de marchés le soir, d’introduire des jours sans viande dans les services municipaux de restauration et d’aborder la question de l’alimentation durable dans les écoles. 

L’Assemblée Citoyenne pour une Politique Alimentaire

Sélectionné·es sur la base de critères représentatifs, les membres de l’assemblée citoyenne sont âgé·es de 20 à 79 ans et viennent de toutes les régions de Suisse. Il·elles représentent toutes les sensibilités politiques, de l’UDC aux Verts, mais aussi la population qui se considère apolitique. Les personnes intéressées ont été démarchées par DemoSCOPE, un institut spécialisé dans les enquêtes de marché et la recherche sociale, selon un procédé aléatoire. Sur cette base, 85 personnes ont été tirées au sort.  

Plus d’informations sur le site web.

Christian Santana,
« Cette assemblée est une excellente occasion d’apprendre de nouvelles choses. J’aime le fait que nous ayons autant de temps pour examiner le problème et trouver des solutions. »
Christian, 25, Neuchâtel

Un exemple probant à Winterthour 

En tant que professeure assistante à l’EPF de Zurich, Johanna Jacobi mène des recherches sur l’agroécologie. Pour elle, « c’est précisément sur les sujets  controversés qui génèrent des blocages politiques et administratifs que les assemblées citoyennes fonctionnent bien. » Elle est membre du conseil scientifique qui accompagne l’Assemblée Citoyenne sur la Politique Alimentaire et a aussi participé à l’expérience de Winterthour en apportant un éclairage scientifique. Elle se déclare optimiste : « On ne fait souvent pas assez confiance aux citoyen·nes. À Winterthour, l’expérience a montré qu’il·elles étaient tout à fait capables d’appréhender des thématiques complexes. » 

Le plus frappant dans l’exemple de Winterthour, c’est que la quasi-totalité des propositions a été adoptée à une très nette majorité, voire à l’unanimité. « Cela montre que ce format fonctionne, conclut Johanna Jacobi. C’est le résultat d’un processus de discussion et d’élaboration commun. » Dans ce sens, l’objectif de l’Assemblée Citoyenne sur la Politique Alimentaire est désormais de trouver des solutions nationale qui soient soutenues à la fois par la population et les différents groupes d’intérêt. « Dans une vo- tation, on ne peut répondre que oui ou non », fait remarquer Daniel Langmeier, responsable du projet chez Biovision. « Cette fois, nous permettons à la population de participer activement au changement et d’amener ses propres idées. Car le thème de l’alimentation nous concerne toutes et tous. » 

Le projet « Avenir alimentaire de la Suisse »

La manière dont nous nous nourrissons a non seulement une influence directe sur notre santé, mais aussi, via la production et le commerce, une influence indirecte sur la qualité des sols et de l’eau, la diversité des espèces, le changement climatique et la pauvreté en Suisse et à l’étranger. Dans sa Stratégie pour le développement durable, le Conseil fédéral s’engage pour une transformation de notre système alimentaire. Pour promouvoir le dialogue dans le cadre de ce processus, Biovision a lancé le projet Avenir alimentaire de la Suisse avec Agriculture du Futur et le Réseau de solutions pour le développement durable (SDSN) Suisse. Ce projet regroupe l’assemblée citoyenne et le panel d’expert·es, un groupe de spécialistes qui consignera les propositions de solutions scientifiques dans un livre blanc destiné aux politiques et aux autorités. L’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) ainsi que l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) soutiennent le projet. 

Ein Kind mit gestreiftem Pullover isst einen Teller Suppe.

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