Le lupin, graine d’audace

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Patricio Frei (texte) et Goran Basic (photos)

En Suisse, la culture du lupin comporte des risques. Mais elle est aussi synonyme de nouvelles opportunités. Dans le Weinland zurichois, Beatrice Peter et Jorge Vásquez transforment leur lupin en café et créent ainsi de la valeur ajoutée.

Dans le champ de leur domaine du Grüthof à Wildensbuch (ZH), Beatrice Peter et Jorge Vásquez doivent presque chercher les lupins bleus qu’ils avaient semés il y a quelques mois.

En mars, les perspectives étaient encore excellentes (voir le magazine Biovision n° 88 de mai) : après une longue période de sécheresse, Jorge Vásquez avait pu procéder aux semis sur un hectare de terre. Le sol était bien meuble et n’était pas compacté par l’humidité. Et comme le lupin résiste habituellement au froid, le paysan avait décidé de le semer précocement, en association avec de la cameline afin de contenir les mauvaises herbes.

Des conditions défavorables

Deux semaines après les semis, les pousses auraient déjà dû pointer de deux doigts hors de terre. Jorge Vásquez aurait alors repassé le tracteur pour éliminer les premières mauvaises herbes à l’aide des dents métalliques d’une herse étrille. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu.

« Il n’y a que 20 à 25 plantes par mètre carré au lieu de 45 à 50 », estime Jorge Vásquez, qui avance deux causes possibles : la sécheresse et le froid. « Au moment de semer, je pensais pouvoir profiter de la pluie annoncée, mais plus aucune goutte n’est tombée. »

Et lorsque les semences ont enfin commencé à germer, il y a eu une vague de froid hivernal. Si le lupin, contrairement au soja, est considéré comme résistant au froid, « il ne supporte quand même pas de telles températures : il a neigé et le froid a persisté pendant plusieurs jours », explique le paysan.

Beatrice Peter, Jorge Vasquez, Landwirt, Schafe, Hühner, Ackerfrüchte, Ackerbau Speiselupine Superfood des Jahres 2026,
Grüthof Lupine Biovision Leuchtturm 2026 
Copyright: Foto: Goran Basic.
Au moment des semis, les signes étaient encore très encourageants : un plant de lupin pointe hors de terre.

Plus de 50 % de pertes

Pour la récolte, Beatrice Peter et Jorge Vásquez comptent louer une moissonneuse-batteuse en août. Il leur faudra à peine une heure pour venir à bout de leur unique hectare.

Les années moyennes, ils récoltent 600 à 700 kg de lupin. Cette année, ils devront sans doute se contenter de 300 kg. Mais cela ne grèvera pas trop leurs finances, car la cameline est particulièrement abondante cette année. Ils en récolteront bien plus que les 500 à 600 kg habituels. « Cela compensera à peu près la perte sur le lupin », précisent-ils.

Le lupin reste rentable

Beatrice Peter et Jorge Vásquez assurent eux-mêmes la majeure partie des étapes de transformation de cette légumineuse, notamment le séchage et le stockage.

Une fois le calme et le froid revenus au Grüthof, Jorge Vásquez déposera son lupin séché chez un voisin de Wildensbuch, qui le séparera de la cameline et des résidus végétaux. Il l’apportera ensuite à Zurich pour la torréfaction. C’est là qu’il développera ses puissants arômes. Mais attention : « Je le fais toujours torréfier par petites quantités pour que l’arôme reste frais. »

Le café de lupin suisse a du potentiel : son goût est comparable à celui du café en grains, c’est un produit régional, en circuit court, cultivé dans des conditions de travail socialement équitables, son prix n’est pas dicté par les grands groupes et sa valeur ajoutée reste en Suisse. Et surtout, le café de lupin est dépourvu de caféine. « Je recommande le café en grains le matin et le café de lupin le soir », dit Jorge Vásquez, tout sourire.

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Grüthof Lupine Biovision Leuchtturm 2026 
Copyright: Foto: Goran Basic.

La diversité contre les aléas du métier

Beatrice Peter et Jorge Vásquez gèrent de manière exemplaire les risques inhérents à l’agriculture : ils commercialisent eux-mêmes leur café de lupin ainsi que d’autres produits et prennent en charge de nombreuses étapes de production pour conserver la valeur ajoutée au sein de l’exploitation. Ainsi, malgré la mauvaise récolte de cette année, leur activité demeure rentable.

De plus, ils misent sur la diversité et testent de nouvelles variétés. Grâce à la rotation des cultures et aux associations végétales, ils sécurisent leur rendement tout en favorisant la santé des sols et la biodiversité. Ils appliquent également les principes agroécologiques à la transformation et à la commercialisation, réalisées sur place ou à proximité. C’est pourquoi le Grüthof fait partie, pour Biovision, des projets phares en matière d’agroécologie.

Ces étapes de transformation représentent certes une charge de travail importante pour le couple, mais elles sont indispensables à la rentabilité de leur activité : s’ils vendaient leur café de lupin à un négociant directement depuis la ferme, leurs recettes diminueraient de moitié environ. Ils toucheraient encore moins s’ils vendaient le lupin comme fourrage.

Grâce à l’association du lupin et de la cameline, Beatrice Peter et Jorge Vásquez ont réduit les pertes liées à une récolte pourtant maigre. Une manière, pour eux, de faire preuve de sens entrepreneurial à plusieurs niveaux.

Pour en savoir plus sur les qualités du lupin et la raison pour laquelle Biovision l’a élu superaliment de l’année, rendez-vous sur.

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