Nouvelles opportunités pour l’agroécologie

Par

Lothar J. Lechner Bazzanella

L’African Food System Forum (AFSF) est l’un des grands lieux d’influence pour l’avenir des systèmes alimentaires africains. Jusqu’à présent, ce sont les multinationales et les grands bailleurs de fonds qui dominaient les débats. Cette année, Biovision y a participé pour la première fois : un point dédié à l’agroécologie était inscrit au programme officiel, une étape importante et le signe que même les portes réputées infranchissables finissent par s’ouvrir.

Cette année, environ 5000 participant·es issu·es des milieux politiques et économiques, de la société civile et du monde scientifique se sont réuni·es à Dakar, au Sénégal, pour l’AFSF 2025. L’enjeu était de définir les contours de l’agriculture africaine de demain et de décider de l’affectation des centaines de millions de dollars qui seront investis à cet effet. Des partenariats se sont noués, des contrats ont été signés et des stratégies, adoptées. La vie de millions de personnes sera impactée. Durant des années, le forum a été un lieu où les multinationales et les forces motrices de la « révolution verte » donnaient le la.

Les choses bougent

Le fait que Biovision ait été présente sur place cette année pour la première fois, et ait également pu intervenir, est d’autant plus significatif. En l’occurrence, des membres de notre équipe Dialogue politique et plaidoyer (P&A) ont animé des ateliers et participé à l’élaboration d’une partie du programme officiel. « L’agroécologie figure pour la première fois au programme officiel du forum, c’est une étape importante. Et c’est aussi le mérite de Biovision. Nous sommes parvenus à mettre le sujet sur la table. Notre présence est déterminante, car c’est ici que se joue l’avenir des systèmes alimentaires en Afrique », explique Moritz Fegert, membre de l’équipe P&A de Biovision.

Notre table ronde consacrée à l’agroécologie et aux jeunes entreprises a rencontré un franc succès et suscité beaucoup d’intérêt. Pour Biovision, cela signifie que les thématiques telles que la diversité, les savoirs paysans et l’entrepreneuriat durable ne sont plus marginales, mais s’imposent progressivement dans les débats. Hans von Zinkernagel, également membre de l’équipe P&A, résume la situation ainsi : « Il y a quelques années encore, cela aurait été impensable. Aujourd’hui, nos préoccupations gagnent en visibilité. Cela nous rend optimistes, même si nous restons prudents. » Une impression que partage notamment Oliver Oliveros, directeur de l’Agroecology Coalition : « Il y a une dynamique croissante en faveur de l’agroécologie, et c’est formidable qu’elle ait été plus visible et appréciée lors de cette édition. »

Des ponts grâce à Biovision

Biovision s’est également distinguée en marge du programme officiel. Les ateliers organisés en amont de la conférence ont permis de réunir plus de 80 participant·es venant de 13 pays africains : représentant·es des gouvernements, bailleurs de fonds, organisations de la société civile, etc. Les discussions ont porté sur la mise en oeuvre concrète des stratégies nationales en matière d’agroécologie, sur les mécanismes de financement nécessaires et sur le rôle des entreprises agroécologiques le long de la chaîne de valeur.

Les conclusions tirées des nombreux relevés que nous avons réalisés sur des modèles économiques déjà fonctionnels, notamment en termes de rentabilité et d’impact potentiel, ont aussi été prises en compte. « Nous avons réuni des personnes qui, d’ordinaire, n’ont pratiquement aucun contact direct », se félicite Moritz Fegert. « Ces échanges sont indispensables pour que les stratégies puissent se transformer en actions concrètes. »

Hans von Zinkernagel dirige un atelier en marge du forum.
« Démontrer que l’agroécologie offre de meilleures perspectives » : Hans von Zinkernagel dirige un atelier en marge du forum.

Les réactions à nos exposés ont montré que l’agroécologie n’était plus invisible au forum. L’industrie a encore occupé le devant de la scène, mais les entreprises agroécologiques ont été beaucoup plus présentes cette année que les précédentes. Autrement dit, l’ouverture aux solutions alternatives progresse, mais la logique industrielle reste dominante. « Notre mission est de démontrer que l’agroécologie offre de meilleures perspectives pour les systèmes alimentaires de demain », précise Hans von Zinkernagel.

Ce qui manque encore

Pour que cette ouverture ne reste pas qu’une intention, il faut désormais des mesures concrètes. Les stratégies politiques doivent être appliquées de manière systématique, les partenariats institutionnalisés et des instruments financiers créés pour soutenir les petites entreprises. En effet, les entreprises agroécologiques se heurtent souvent à des coûts d’exploitation élevés en phase de démarrage et à un accès limité au capital. « L’élément clé qui fait encore trop souvent défaut, ce sont les moyens financiers pour celles et ceux qui oeuvrent à la transition écologique », résume Moritz Fegert.

Pour Biovision, la participation à ce forum était une étape importante, car elle a permis de porter ces sujets précisément là où se décide l’avenir des systèmes agricoles et alimentaires africains. « Il n’était pas évident que l’agroécologie puisse s’intégrer dans un tel cadre. Il est donc d’autant plus important de persévérer et de forger des alliances », souligne Moritz Fegert.
Conclusion : le Forum africain sur les systèmes alimentaires n’est pas encore acquis à la cause agroécologique, mais il offre indéniablement des opportunités. Des portes réputées infranchissables s’ouvrent désormais devant nous. Il s’agit maintenant de saisir les opportunités, de faire preuve de persévérance et de renforcer l’élan actuel en faveur d’un avenir plus juste et plus durable.

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L’expression « révolution verte » désigne la diffusion de nouvelles variétés de céréales à haut rendement ainsi que l’utilisation massive d’engrais chimiques et de pesticides de synthèse depuis les années 1960, principalement dans les pays du Sud global. Elle a amélioré les rendements à court terme, mais au prix de l’appauvrissement des sols, du recul de la biodiversité, de la dépendance aux intrants externes et de la perte des savoirs traditionnels.

African Food System Forum Dakar

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