Bio: un vent d’optimisme en Afrique de l’Est

Par

Florian Blumer, Biovision

La production biologique a un énorme potentiel pour les paysan·ne·s en Afrique de l’Est. Et pas seulement pour l’exportation. Depuis quelques années, notamment grâce aux médias sociaux, la demande locale d’aliments sains a fortement progressé, principalement en ville.

Depuis 20 ans, Silke Bollmohr conseille le monde rural est-africain sur la conversion à l’agriculture écologique. En ce moment, elle constate une nette évolution: « L’an dernier, les choses ont fortement bougé au Kenya. Beaucoup de paysan·ne·s souhaitent passer à une production plus naturelle après avoir compris qu’un marché a émergé. »

Geertje Otten, responsable du cabinet de conseil néerlandais ProFound, confirme cette impression. Au salon international Biofach en février, elle a donné une conférence sur les opportunités du marché bio en Afrique. Même si la majorité de la production biologique certifiée est encore exportée, a-t-elle souligné, la demande d’aliments naturels augmente dans de nombreux pays africains. Il y a une prise de conscience croissante pour la nourriture saine, en particulier chez la classe moyenne des villes comme Nairobi.

Pesticides toxiques : les nouvelles vont vite

Grâce aux médias sociaux et à internet, les gens peuvent obtenir des informations plus rapidement. On est au courant des dangers des pesticides chimiques qu’on pulvérise sur les tomates, par exemple. Le résultat choquant d’une étude menée par des ONG locales sur les pesticides extrêmement dangereux, approuvés au Kenya et répandus dans les champs s’est vite propagé et a déclenché une large discussion sociale (voir l’interview à ce sujet). Au marché, par souci de santé, les client·e·s veulent de plus en plus savoir comment les produits sont cultivés et demandent des légumes issus de l’agriculture écologique.

David Amudavi, directeur de notre partenaire Biovision Biovision Africa Trust (BvAT) à Nairobi, a également souligné au salon Biofach le grand potentiel du bio en Afrique, tant pour l’exportation que pour le marché intérieur. Les chiffres sont là: il y a 20 ans, pratiquement aucune surface arable du continent n’était exploitée selon les directives biologiques. En 2019 – les derniers chiffres disponibles (voir The World of organic Agriculture du FiBL et de l’IFOAM) – on atteignait déjà 2 millions d’hectares de culture biologique certifiée. Ce chiffre n’inclut pas les innombrables paysan·ne·s qui passent à des méthodes de culture plus écologiques sans certification.

Grand potentiel – grands défis

Les pays est-africains jouent un rôle pionnier: sur le continent, l’Ouganda est celui qui compte le plus de producteurs·trices biologiques (210 000), suivi de l’Éthiopie (204 000) et de la Tanzanie (149 000). Le Kenya (37 000) se classe sixième.

Le potentiel est grand, tout comme les défis. Selon David Amudavi, il est devenu clair que beaucoup d’efforts structurels restent nécessaires pour aider le marché bio à percer en Afrique. Le cas de Sustainable Agriculture Tanzania (SAT) est exemplaire. Cette organisation, soutenue dès le début par Biovision, est passée en neuf ans d’un potager à une institution reconnue au-delà des frontières nationales.

Beaucoup dépend d’initiatives individuelles

De telles initiatives sont cruciales pour stimuler l’essor de l’agriculture écologique, explique Loredana Sorg, responsable de programme chez Biovision et en charge du partenariat avec SAT : « Cependant, ces projets sont très liés à des individus ou institutions qui font montre d’un engagement exceptionnel. »

Recherche intensifiée, formations reconnues en méthodes bio, campagnes publicitaires, lobbying politique, implication des grandes associations… A côté de ces outils essentiels, des impulsions locales et nationales sont nécessaires pour préparer le terrain. « Biovision travaille avec ses partenaires est-africains pour identifier, promouvoir et mettre en réseau de telles initiatives. »

Une norme bio uniforme?

Une question centrale, c’est d’avoir une norme biologique admise partout. Elle n’existe pas encore en Afrique. Selon Silke Bollmohr, les paysan·ne·s n’ont pas à se lancer dans un processus compliqué de certification pour vendre leurs légumes biologiques. Beaucoup d’échanges reposent sur la confiance: « Souvent, les client·e·s connaissent personnellement la maraîchère ». Ainsi, l’investissement reste léger, tout comme les prix : les légumes bio ne sont pas nécessairement plus chers au Kenya.

Mais la conseillère agricole le sait bien: « Il s’agit bien sûr d’un modèle un peu romantique, qui atteint ses limites à plus grande échelle ». Loredana Sorg ajoute: « Sans contact personnel avec les client·e·s, les marges des producteurs·trices restent faibles lorsqu’il n’y a pas de certification. » Des normes fiables et reconnues localement sont donc une précondition cruciale pour que le marché des légumes bio continue de croître en Afrique de l’Est.

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