Pourquoi est-il important d’intégrer le savoir paysan dans le travail de sélection en Suisse ?
Felix Jähne : Les paysan·nes sont les mieux placé·es pour savoir ce qui fonctionne dans leurs champs. Il·elles connaissent leurs sols, les conditions météorologiques et les particularités locales. Dans le cadre du projet que nous menons autour de l’amidonnier, une céréale ancienne, nous voulons leur offrir la plus grande diversité possible. La diversité variétale et culturale peut ainsi s’implanter directement dans les fermes, en adéquation avec les conditions locales et les idées commerciales des paysan·nes.
Vous misez aussi sur la recherche ciblée. Comment fonctionne concrètement la collaboration entre la recherche, la sélection et le terrain ?
L’agriculture biologique a elle aussi besoin de sélection. Mais nous ne procédons pas à des croisements en laboratoire. Les plantes sont cultivées par des fermes bio et Demeter. Nos jardins de sélection, qui sont de précieux biotopes, sont toujours intégrés dans le cycle des éléments nutritifs des fermes. Nous y sélectionnons de manière ciblée les plantes qui fonctionnent le mieux dans des conditions de culture écologiques. La diversité qui en résulte est robuste et adaptée aux conditions locales.
Felix Jähne
Au sein du programme de sélection céréalière de Peter Kunz (gzpk), Felix Jähne est responsable de l’amidonnier.
Dans le projet sur l’amidonnier, nous avons créé des croisements qui rendent les plantes plus résistantes à la verse et plus tolérantes aux maladies. Dès qu’une souche paraît prometteuse, nous fournissons des semences à une sélection de fermes, qui les mettent en place sur de petites surfaces et partagent leurs observations avec nous. En été, nous nous retrouvons tous dans notre jardin de sélection, à Feldbach. Nous étudions les plantes qui ont fait leurs preuves et les fermes choisissent elles-mêmes les souches qu’elles souhaitent multiplier.
Pourquoi les variétés anciennes et les savoirs traditionnels sont-ils si importants ?
Parce que les variétés locales anciennes et leurs cousines sauvages sont porteuses de caractéristiques importantes, comme la résistance aux maladies ou à la sécheresse. Nous les cultivons, observons leur comportement et introduisons leurs caractéristiques dans la sélection actuelle. L’amidonnier, sa culture et les connaissances associées ont failli tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, grâce à la sélection, des variétés de qualité sont à nouveau disponibles, comme la Roter Heidfelder et la Späths Albjuwel en Allemagne ou la Sephora en Suisse.
L’amidonnier est un produit de niche. D’autres cultures peinent aussi à trouver leur place sur le marché. Comment les fermes participantes commercialisent-elles leurs produits ?
Beaucoup font de la vente directe, par exemple de farine, de pain, de pâtisseries, de semoule ou de pâtes. Cette solution s’impose car les gros acheteurs sont encore rares. La vente directe était autrefois la norme ; c’est aujourd’hui une formule novatrice, qui renforce l’autonomie des fermes et crée du lien avec les consommateur·trices.
Quel est le rôle de la diversité variétale à l’heure du changement climatique ?
La diversité est essentielle pour la sécurité alimentaire. Garante de stabilité, elle réduit le risque de mauvaises récoltes. Dans nos six jardins de sélection, nous voyons chaque année à quel point les plantes réagissent différemment aux conditions météorologiques extrêmes et aux maladies. La diversité compense les pertes et rend l’agriculture plus résistante.
En quoi votre approche participative diffère-t-elle des projets de sélection classiques ?
Nous misons sur la pratique. Les fermes ont leur mot à dire sur ce qui fonctionne et ne fonctionne pas. Cela renforce la diversité et l’autonomie. Les canaux de distribution des semences classiques sont efficaces, mais souvent rigides. Notre approche est plus ouverte, mais elle demande aussi du temps, de la confiance et une volonté d’apprendre de la part de tous.
Que manque-t-il pour que ce genre de projets soient plus encouragés ?
De la compréhension et du soutien. La sélection biologique a besoin de moyens financiers et de personnes curieuses et motivées. Quand la recherche et la pratique collaborent, des solutions efficaces et durables peuvent voir le jour – pour que l’harmonie avec la nature devienne la norme dans l’agriculture de demain.
gzpk et Biovision
Le projet integraL sur la culture des légumineuses, mené par l’association de sélection céréalière Peter Kunz (gzpk), fait partie des projets « phares » en matière d’agroécologie sélectionnés par Biovision. Il partage ce privilège avec la ferme Rinderbrunnen, également impliquée dans le projet sur l’amidonnier.