Sortir de la niche : les coopératives montrent la voie

L’industrie et le commerce seront-ils bientôt les seuls à décider de ce que nous mangerons demain ? Non, disent les coopérateurs·trices de La fève de Meyrin.
 

Par Daniel Langmeier, conseiller politique chez Biovision 

L’exemple de La Fève montre qu’il faut penser et agir bien au-delà de la production alimentaire pour respecter les principes agroécologiques qui couvrent aussi l’interaction entre le monde paysan et nos habitudes de consommation. Ce magasin de quartier genevois permet d’établir une relation de confiance entre producteur·trices et consommateur·trices, en ancrant le système alimentaire dans l’économie locale. Grâce à une garantie d’achat, le risque est partagé entre les paysan·nes et les consommateur·trices. Cette sécurité permet aux exploitations d’expérimenter des approches nouvelles et durables. 

Une alimentation saine et durable à des prix équitables 

Des projets similaires à La Fève voient le jour un peu partout en Suisse : épiceries participatives, projets d’agriculture contractuelle de proximité. Ces initiatives doivent petit à petit sortir de leur niche et faire école. Pour parvenir à une transformation nationale du système alimentaire, il faut une alimentation saine et durable qui soit facilement accessible à toutes et tous à des prix équitables. Le concept d’agroécologie réunit tous ces principes de base pour la mise en œuvre d’un système alimentaire durable: il faut agir au niveau de la production, de la distribution et de la consommation. Exemple : comment réduire l’usage des pesticides de synthèse en Suisse ? Les deux initiatives anti-pesticides du 13 juin 2021 ont été rejetées mais le mouvement continue. En effet, si les fermes biologiques se passent déjà de pesticides de synthèse, l’organisation IP-Suisse vient de prendre une décision importante : les fermes en production intégrée se convertiront à la culture de céréales sans pesticides de synthèse ces prochaines années. Très bien !  

La balle est dans le camp des grands distributeurs – et dans le nôtre

Cet exemple positif doit être suivi par d’autres, par exemple dans la culture des fruits. Et la balle change de camp. En effet, les pesticides de synthèse sont utilisés pour produire de « beaux fruits », entre autres pour des raisons cosmétiques, par exemple contre la tavelure. Pour changer cela, nous avons besoin de la coopération des producteur·trices et des consommateurs·trices. Pour passer à une culture sans pesticides, les producteur·trices dépendent d’une clientèle avertie qui achète les fruits peut-être « moins beaux ». Cette solidarité et cette compréhension mutuelle doivent maintenant se développer dans les commerces conventionnels et les centres commerciaux, pas seulement dans les magasins alternatifs. Les grands distributeurs ont un rôle à jouer, mais des organisations comme Biovision aussi. En effet, depuis une décennie, nous nous engageons avec notre projet CLEVER à diffuser des informations étayées et des conseils concrets sur les achats écologiquement et socialement responsables, notamment dans les écoles et auprès du grand public.