L’express du lait, de la savane à la ville

Grâce aux chameaux, des centaines de familles d’éleveurs dans le nord-est aride du Kenya ont une vie meilleure. Et les femmes de la coopérative Anolei en bénéficient aussi.

Par Peter Lüthi, Biovision

  • Annab Kassim s'adresse au patron des bergers avec des questions précises sur la santé de ses chameaux.
  • Au début de la Voie Lactée, les éleveuses et éleveurs. Egalement formé-e-s à la production hygiénique.
  • Les ventes de lait de chamelle et de produits laitiers apportent des revenus supplémentaires aux membres du groupe Anolei.
  • L’hygiène lors de la transformation du lait et la chaîne du froid pour tous les produits sont des priorités absolues dans le projet.
  • La laiterie met au point diverses spécialité, puis les teste auprès de la clientèle. Les yogourts et les desserts sont particulièrement populaires.

Les passeurs de lait atteignent avec leurs motos la route de gravier menant à Isiolo, dans le nord-est sauvage du Kenya. Ouf. À ce point, ils laissent derrière eux la partie la plus difficile de leur voyage. L’odyssée commence souvent en pleine brousse dans un campement de bergers. Là, les transporteurs collectent des bidons en plastique remplis de lait et les acheminent sur des routes cahoteuses (voir la photo de couverture). À Isiolo, ville de 30 000 habitant-e-s, des membres de la Coopérative laitière Anolei les attendent avec impatience. Le groupe de femmes est soutenu par Biovision et Vétérinaires sans frontières (VSF) Suisse depuis 2013 pour la création d’un centre de collecte et de transformation du lait de chamelle. La laiterie est un maillon important de la chaîne de traitement et de valorisation établie dans le cadre du projet «Chameaux contre sécheresse».

Ambiance tendue au point de collecte

Le projet a débuté par l’introduction de chameaux dans le comté aride d’Isiolo, en particulier auprès des groupes ethniques qui élèvent aujourd’hui du bétail. En effet, les camélidés sont beaucoup plus résistants à la sécheresse que les bovins. Ces animaux ont été remis aux bénéficiaires, qui ont été formés à leur élevage, à la santé animale et à la traite hygiénique. Dès l’arrivée des motocyclistes, les femmes d’Anolei prennent en charge les bidons et les transportent dans un grand bâtiment. L’intérieur est chaud et moite, l’ambiance est stressante. Le lait – jusqu’à 3000 litres par jour – doit être refroidi de toute urgence avant qu’il ne se détériore. Mais avant, il passe au contrôle. Les bidons contenant trop de germes ou trop d’eau seront rejetés. À trois heures du matin, le précieux aliment liquide est chargé dans un camion frigorifique et conduit à Nairobi, à 300 km de là. Il arrive au marché d’Eastleigh dans la matinée. Beaucoup de Kenyan-e-s d’origine somalienne vivent par ici. Et apprécient beaucoup le lait de chamelle.

Le bus, c’était la galère

Le camion frigorifique a été acheté par la coopérative avec le soutien de Biovision. Avant, le lait devait être transporté sur le toit des transports publics. Mais lorsqu’il y avait trop de circulation, les chauffeurs refusaient parfois de le charger et laissaient les femmes avec leur liquide périssable au bord de la route. Le lait de chamelle était souvent acide en arrivant à Nairobi après des heures de trajet sous un soleil de plomb. Le produit de la vente va à la coopérative Anolei, qui couvre tous les coûts de stockage et de transport. Les propriétaires de chamelles reçoivent 60 à 80 shillings kenyans (0,57 à 0,76 CHF) par litre. Ils obtiennent en moyenne 3 litres par jour, en fonction de l’animal, de sa santé et de la saison. Cela donne environ 40 000 à 80 000 shillings (380 à 760 CHF) par chamelle pendant un an de lactation. Une partie du lait est consommée par les familles elles-mêmes et contribue à une alimentation plus saine.