La faim dans le monde repart à la hausse

Le dernier rapport de la FAO sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde présente des chiffres inquiétants sur la faim et l’approvisionnement en nourriture saine et adéquate. En même temps, le surpoids et la malnutrition augmentent également. Pouvons-nous encore atteindre l'Objectif de développement durable No2, « Faim Zéro »?

 

Hans R. Herren, président de la Fondation Biovision

Un regard sur la situation d’aujourd’hui montre que le système alimentaire actuel nourrit mal le monde. Le nombre de personnes souffrant de la faim augmente à nouveau depuis 2014, atteignant maintenant 690 millions. Une personne sur dix est menacée par une insuffisance alimentaire aiguë. Ces deux chiffres indiquent une tendance à la hausse. C'est déjà choquant, mais il faut regarder en plus la malnutrition pour avoir une vue d'ensemble.

Dans les pays pauvres, l’alimentation est souvent peu équilibrée. Elle ne comprend pas assez de légumes et de fruits ou de produits d'origine animale – insuffisamment disponibles, d'accès difficile ou trop chers. Les sociétés aisées, en revanche, même si elles ont accès à une alimentation diversifiée, ne se nourrissent pas toujours sainement. Il en résulte d'un côté une augmentation de la sous-nutrition ou de la malnutrition, alors que le surpoids progresse de l’autre. Les deux scénarios ont un impact négatif sur la santé humaine et donc sur les systèmes de santé. C’est ce qui ressort du dernier rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

L'agriculture industrielle est dans une impasse

L'approvisionnement du monde en nourriture saine et suffisante par l'agriculture industrielle fonctionne mal. Pour le dire crûment: son rapport qualité-prix est misérable. Ses performances insuffisantes s’accompagnent en effet d’un coût très élevé.

  • L'agriculture intensive détruit les petites structures régionales, déclenchant l'exode rural et des problèmes sociaux.
  • L'utilisation onéreuse des pesticides pose un risque sanitaire majeur, en particulier pour les travailleurs/euses agricoles des pays les plus pauvres.
  • Les monocultures, la rationalisation, la forte utilisation d'azote, de pesticides et de machines lourdes provoquent l’épuisement et le compactage des sols ainsi qu'une perte dramatique de la biodiversité et de la diversité alimentaire.

Essentiel: notre manière de produire, commercialiser et consommer la nourriture doit changer radicalement.

Avec l'agroécologie, nous pouvons néanmoins atteindre l'ODD 2 « Faim Zéro »

L'agriculture basée sur les principes de l'agroécologie peut fournir suffisamment de nourriture à la population mondiale, même si elle atteint 9 milliards d'ici 2050. L'agroécologie englobe tout le système alimentaire. Cela comprend non seulement une production respectueuse de l'environnement, mais aussi la commercialisation directe et en vente directe des produits pour renforcer les communautés locales, ainsi qu'une consommation responsable.

Biovision est convaincue que l'agroécologie permet de concevoir un système alimentaire capable d’atteindre le deuxième Objectif de développement durable d'ici 2030. C’est d’ailleurs démontré par différents travaux : pour l'Europe, on peut se référer à l'étude de X. Poux de 2018 (en français) ou l'étude suisse de A. Müller (FiBL), pour les pays émergents à celle de Z. Khan et al., 2011. Biovision soutient divers projets visant à rechercher ou mettre en œuvre des méthodes agroécologiques:

  • La recherche et l'application de méthodes agroécologiques se font toujours avec l'implication des paysan-ne-s, de sorte que les solutions sont adaptées localement et bénéficient le plus possible aux populations.
  • L'outil "Agroecology Criteria Tool" développé par Biovision permet aux décideurs/euses politiques et aux paysan-ne-s d'évaluer leurs projets agricoles ou leurs exploitations en fonction de leur degré agroécologique. L'objectif est d’accroître la sensibilisation à l'agriculture durable et d'initier un encadrement politique favorable.
  •  Avec le soutien de Biovision, une plateforme sur l'agroécologie et l'agrobiodiversité sera lancée au Kenya cette année sous la direction du ministère de l'agriculture. La plateforme rassemble des représentant-e-s d'organisations, du secteur privé et de la communauté scientifique afin de rassembler des connaissances décentralisées sur ce thème et d'exercer une influence politique par une voix unifiée.
  •  En Suisse, Biovision mène des actions de sensibilisation à la consommation durable, car les décisions d'achat que nous prenons ici ont souvent des impacts négatifs dans d’autres pays. Par exemple, un filet de bœuf argentin peut affecter l’espace vital pour les gens et les animaux dans la forêt subtropicale.
  •  La Suisse promeut souvent l'agroécologie dans les projets de développement, comme le montre notre étude récente. Mais elle le fait trop peu pour sa propre agriculture. Biovision appelle donc à plus de cohérence dans la politique fédérale.

L'ampleur de la faim et de la malnutrition, la perte de sols sains et de la biodiversité de même que la crise climatique ne nous laissent pas d'alternative : il faut passer d’urgence à un système alimentaire socialement et écologiquement durable. L'agroécologie moderne, basée sur les savoirs et la science, montre que c’est possible. Les catastrophes rampantes qui nous menacent ne peuvent être stoppées que si les responsables de la politique, de l’économie et de la société agissent de manière décisive et rapide. Il s'agit de sauver notre planète et l'avenir des générations futures. Rien de moins.