Comment contrôler le paludisme

Le paludisme, comme de nombreuses autres maladies, est transmis par des insectes suceurs de sang. On peut les contrôler avec une approche holistique qui réduit nettement l’incidence des infections. C’est ce que le projet « Stop Malaria » a prouvé.

 

Les décès dus au paludisme ont diminué dans le monde entier. L'une des raisons de cette situation est l'utilisation de moustiquaires imprégnées.

Simon Gottwalt, Biovision

Quels sont les animaux les plus dangereux du monde ? Un serpent venimeux, un requin blanc, un grizzli ? Vous n'y êtes pas. Ce sont des moustiques, qui tuent plus d’un demi-million de personnes chaque année en transmettant des maladies redoutables. Notamment le paludisme.

La lutte contre les moustiques du paludisme est donc une priorité élevée pour la communauté internationale. On essaie sou vent de propager des réponses isolées, comme les moustiquaires ou la pulvérisation d’insecticides. Ces approches ont sauvé de nombreuses vies : dans le monde, la mortalité a diminué de 60 % depuis le début du millénaire, et 20 pays ont complètement éliminé la maladie. Mais avec la résistance croissante des moustiques, ces mesures individuelles atteignent leurs limites. De nouveaux outils et une approche intégrée sont nécessaires pour préparer l’éradication dans les 86 pays restants.

Ainsi, Biovision s’appuie sur une méthode holistique : la gestion intégrée des vecteurs (GIV). Elle combine différentes mesures contre les moustiques. Le projet à long terme « Stop Malaria » a mis en œuvre ces mesures sur trois sites au Kenya et en Éthiopie. L’Institut international de recherche sur les insectes (icipe) et le Kenya Medical Research Institute (KEMRI) ont supervisé le projet en tant que partenaires locaux sur place. En fin de compte, il s’agis sait de prouver scientifiquement que la GIV fonctionne. Mais est-ce vraiment le cas ?

Malaria

Adapter les mesures au terrain

« Cela dépend des conditions du site », explique le professeur Charles Mbogo, chef de projet au KEMRI. « À Malindi, nous avons constaté un recul impressionnant du paludisme au cours du projet. » Cependant, le nombre de cas a également diminué ailleurs (voir graphique). Des essais contrôlés randomisés (ECR) ont donc été nécessaires pour évaluer l’efficacité de la méthode. Résultat : la GIV, en particulier le contrôle des larves avec le Bti qui respecte l’environnement, réussit mieux lorsque la densité de la population est élevée et que le nombre des foyers de reproduction est gérable. Ce qui est le cas à Malindi et dans ses environs, où le paludisme a été largement éliminé. Dans d’autres zones encore fortement infestées, comme Nyabondo sur le lac Victoria, le deuxième site du projet au Kenya, le contrôle des larves a été moins efficace. Là, c’est l’isolation des maisons pour empêcher la pénétration des moustiques qui a démontré son efficacité.

La GIV fait tache d’huile

Ces résultats sont importants pour promouvoir de manière ciblée l’approche GIV au niveau politique. Des premiers succès ont déjà été obtenus au Kenya et en Tanzanie : les gouvernements nationaux financent la lutte contre les larves dans des zones plus étendues. Ce sont des expériences précieuses, dans lesquelles les manuels et les programmes scolaires des projets Biovision se révèlent très utiles. Par ailleurs, Biovision soutient en Namibie et en Ouganda, via le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la mise en œuvre de calendriers nationaux pour les mesures GIV.

Poursuite du développement

Le projet modèle « Stop Malaria » a pris fin en 2019 après quinze ans de service. Cependant, les structures locales, telles que l’association des « Mosquito Scouts » PUMMA, subsistent. Et Biovision poursuit, avec l’icipe, le concept de la GIV dans le nouveau projet « Prévention innovante des maladies pour les animaux et les humains ». Ici, une nouvelle méthode est ajoutée à la boîte à outils GIV. Jusqu’à présent, nos mesures se sont concentrées sur la lutte anti-malaria et donc sur les personnes. Maintenant le bétail est également inclus. Dans le sens d’une approche intégrée, on fait ainsi d’une pierre plusieurs coups. Par exemple, les vaches sont aspergées d’un bio-insecticide comme appât. Les insectes qui viennent sucer leur sang sont éliminés, ce qui réduit en même temps la population de moustiques. Simultanément, d’autres suceurs de sang parasites qui propagent des maladies animales dangereuses, comme les mouches tsétsé et les tiques, sont décimés. Le projet ne fait que commencer. Pendant son développement, les populations concernées sont étroitement impliquées et la méthode est adaptée à leurs besoins.

La menace du coronavirus

Un grand essai sur le terrain devrait déjà être lancé cette année pour vérifier si la nouvelle méthode apporte les synergies attendues. Il faudra un certain temps avant que la maladie ne disparaisse, mais la phase finale est en vue. En 2030, le monde non africain pour rait être débarrassé du paludisme, alors que les experts estiment possible une éradication générale vers 2050. Mais pour l’instant, l’Afrique de l’Est est confrontée à un nouveau défi : le coronavirus est présent sur le continent. Une nouvelle préoccupation croissante  : que le confinement complique le traitement du paludisme et cause beaucoup plus de dégâts que le Covid-19 lui-même. Une prévention durable contre les maladiesconnues devient encore plus importante que jamais.