La diversité des semences renforce la sécurité alimentaire

L'adaptation des semences est indispensable pour la production alimentaire. C'est la seule façon de réagir aux changements environnementaux. Mais ce problème est négligé en politique, alors qu’une poignée d’entreprises dominent avec des variétés à haut rendement. Une nouvelle motion de Maya Graf remet la question à la surface.

 

Par Daniel Langmeier, Programme Suisse

La Suisse, avec ses conditions géographiques très diverses, est particulièrement dépendante de variétés adaptées localement. La disponibilité des nutriments, les maladies et les ravageurs ne cessent d’évoluer, et c’est un grand défi pour les plantes. Les graines doivent être adaptées à ces conditions. Ce travail exige beaucoup de temps. Il faut parfois jusqu'à dix ans pour qu'une nouvelle variété biologique arrive sur le marché. Cette élaboration très complexe dépend donc d’un soutien public. Cependant, l’aide de l'État ne dépasse guère quelques millions. Du coup, seules quelques petites entreprises ou fondations assument en Suisse cette tâche réclamant des ressources humaines importantes.

Maya Graf, conseillère aux Etats et membre du Conseil de fondation de Biovision, a fait bouger les lignes. Grâce à elle, la Confédération a redécouvert l'importance de ce thème en 2016 et présenté une "Stratégie Sélection végétale 2050". Cependant, les moyens concrets d’action et les objectifs se font attendre. Maya Graf a déposé une motion en juin de cette année pour adapter la loi sur les brevets à la culture sélective des plantes. Le but est d'améliorer la transparence des droits de propriété intellectuelle et de faciliter l'accès à la matière première pour la sélection végétale, ce qui garantirait la disponibilité de variétés parfaitement adaptées aux conditions et aux exigences de l'agriculture suisse.

Le rôle des semences dans la biodiversité

Le déclin mondial de la biodiversité est un défi conséquent pour nos systèmes alimentaires. Les semences jouent un rôle crucial dans ce contexte. On parle souvent d'agrobiodiversité en matière d'agriculture. Elle implique que pour fonctionner, un écosystème dépend de la diversité des animaux, des plantes et des organismes du sol pour pouvoir fournir ses services : production de nourriture, filtrage des eaux souterraines, etc. La diversité végétale a un lien direct avec les semences.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 6’000 espèces végétales sont cultivées comme aliments dans le monde; mais seulement 9 cultures représentent 66% de la production agricole globale. De plus en plus, les variétés locales sont remplacées par des variétés commerciales. C’est ce qui explique en grande partie cette réduction massive de la diversité. Or celle-ci est une condition nécessaire pour la réussite d’un système agroécologique. Avant la FAO, ce fait avait déjà été démontré en 2009 par le Rapport mondial sur l'agriculture IAASTD. Il a été confirmé en 2018 dans la déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan-ne-s et autres personnes travaillant dans les zones rurales. De même, leur droit de stocker, d'utiliser, d'échanger et de vendre des semences joue un grand rôle.

Besoin d'un accès gratuit aux semences

Mais pour l’instant, on est bien loin de faire de ce droit une réalité mondiale. Le marché des semences est dominé par un très petit nombre grandes sociétés transnationales dont le modèle commercial repose sur l'utilisation continue des monocultures. Cette concentration a un impact réel tant pour la population rurale d'Afrique de l'Est que pour la paysannerie suisse. Enfin et surtout, elle est en mesure de ruiner à long terme les moyens d’existence de l’une et de l’autre.
Dans ses projets, Biovision s'engage pour une agriculture durable et agroécologique, en Afrique de l'Est comme en Suisse, de même que sur la scène politique internationale. Par exemple, nous avons permis la création d’une banque de semences à Vihiga, au Kenya, en collaboration avec notre partenaire Bioversity International.