Le climat pousse les Massai au changement

Les Massai aussi, attachés à leurs traditions, ressentent clairement les effets du changement climatique. Leur bétail meurt parce qu’il y a de moins en moins de nourriture disponible. SAT, l’organisation partenaire de Biovision, a montré des alternatives aux Massai.

Shakaile Korea s’appuie contre la clôture en bois, nonchalant. Le Massaï de 25 ans vient de rassembler le troupeau avec d’autres bergers de sa communauté. Les femmes commencent à traire. Pour les hommes qui ont passé toute la journée dehors avec le bétail, la journée de travail se termine. La tradition joue un rôle important dans la vie des Massaï. Shakaile arbore la coiffure de Moran, guerrier Massaï. Les jeunes hommes Massaï atteignent ce statut après un rite d’initiation d’un mois dans la brousse, dont Shakaile et ceux de son âge ne sont revenus qu’il y a quelques jours. Le bétail est le moyen de subsistance des Massaï : ils ne mangent pas que la viande des veaux et des boeufs, ils boivent aussi leur sang, pur ou mélangé avec du lait.

  • Shakaile Korea (devant) et Mitiaki Palanda sur un pâturage proche de leur village. photo : Patrick Rohr
  • Le soir, les femmes Massai traient les vaches. photo : Patrick Rohr

Il devient cependant de plus en plus difficile pour les Massaï de trouver de la nourriture pour leur bétail, car le changement climatique prolonge les sécheresses. « Pendant la dernière saison sèche, des dizaines de bêtes de cette communauté sont mortes », dit Janet Maro, co-fondatrice et directrice de SAT (Sustainable Agriculture Tanzania), une organisation partenaire de Biovision. « À la recherche de nouvelles façons de se nourrir, les Massaï sont venus vers nous. Nous leur avons montré comment cultiver des plantes. »

Aujourd’hui, les Massaï de la région de Morogoro, en Tanzanie, n’ont pas qu’un complément précieux à leur régime. Un long conflit latent a aussi pris fin : pour éviter que leurs vaches ne meurent de faim pendant les longues sécheresses, les Massaï les conduisaient dans les champs de maïs de paysans voisins. Bien sûr ceux-ci se défendaient. « Depuis que les Massaï savent quel travail cela demande pour faire pousser des récoltes, ils gardent leurs animaux loin de champs des paysans, dit Janet Maro. Le changement climatique a changé la vie des Massaï de bien des façons. Cela n’a pas été facile pour eux, mais ils ont fait le pas. »

Le photojournaliste suisse Patrick Rohr a visité quelques projets de Biovision l’an dernier, dont le Centre de formation en agro-écologie de l'organisation partenaire SAT (Sustainable Agriculture Tanzania). SAT enseigne des méthodes agroécologiques aux paysans et aux bergers pour augmenter le rendement de leurs récoltes, améliorer l’élevage et protéger les ressources naturelles. Patrick Rohr a capturé ses expériences de voyage en images et en textes dans le calendrier Biovision 2019.