Sortir de la pauvreté à dos de chameau

Les populations pastorales des régions arides du Nord du Kenya sont fortement touchées par les conséquences du réchauffement climatique. Leurs bovins, moutons et chèvres sont victimes de sécheresses de plus en plus fréquentes. Depuis 2010, Biovision soutient un projet de Vétérinaires sans Frontières dont le but est de développer l'élevage de chameaux dans le comté d'Isiolo. Retour en images sur deux bergères qui font vivre leur famille avec les recettes provenant de la vente du lait.

 


Regardez-ici l'histoire animée en images sur Youtube:

 

Le photographe de renom Christian Bobst, accompagné du reporter de Biovision Peter Lüthi, ont rendu visite en octobre dernier au Groupe d’entraide Galesa, impliqué dans le projet à Kula Mawe et Isiolo.

 


Une nouvelle vie

Nasibo Turo Kund a repris espoir en participant au projet "Chameaux contre sécheresse". Aujourd'hui, elle peut subvenir aux besoins de sa famille et payer les frais de scolarité - et elle en est fière.

Sortir de la pauvreté : Nasibo Turo Kund possède aujourd'hui son propre commerce et parvient à se dégager un revenu. (Photo : Christian Bobst / Biovision)

Par Peter Lüthi, rédacteur Biovision (texte) et Christian Bobst (photo)

 

Le petit hangar avec sa fenêtre à barreaux dans la périphérie de la ville d’Isiolo cache de nombreuses surprises. Chez Nasibos Grocery Shop & Butchery, on trouve de tout : détergents, papeterie, analgésiques, pansements, repas pour enfants, bonbons, légumes, lait de chamelle, viande. Derrière le comptoir se tient Nasibo Turo Kund, une Borana de 30 ans. « Les affaires ne vont pas très bien en ce moment, dit-elle. Les vacances sont finies et les clients doivent économiser pour les frais de scolarité. » Mais elle ne se plaint pas, au contraire : « Je suis fière de moi. J’ai un travail dans ma propre boutique et je peux envoyer tous mes enfants à l’école. » Ses revenus sont suffisants, même dans les moments difficiles comme maintenant. Ce qui n’a pas toujours été évident pour cette mère célibataire. Les choses auraient facilement pu tourner autrement, car la vie ne l’a pas gâtée. Sa mère est décédée alors qu’elle avait 9 ans et elle a perdu son père à 16 ans. Réfugiée chez sa grand-mère, elle a pu suivre l’école primaire mais pas le lycée. Elle s’est mariée tôt. Un matin, son mari a quitté le foyer en la laissant avec quatre enfants. Elle était prise au piège de la pauvreté.

Un chameau nommé espoir 

Mais Nasibo a eu une bonne étoile. Elle a représenté sa grand-mère de 84 ans au Groupe d’entraide Galesa, une association de femmes et d’hommes particulièrement exposé∙es au risque de pauvreté. Le groupe était en contact avec des représentant∙es locaux∙ales de Vétérinaires Sans Frontières Suisse et de Biovision. En 2016, elle a été impliquée dans le projet Chameaux contre sécheresse (voir page 2), qui fournissait des chèvres gravides pour démarrer un élevage. Aujourd’hui, la famille Turo possède un troupeau d’une trentaine d’animaux. Elle a mis les gains de côté, puis investi dans son propre projet : un kiosque. La famille a eu moins de chance avec son chameau, aussi octroyé par le projet. La chamelle a donné naissance à deux petits, qui n’ont pas survécu. Mais la mère donne un excellent lait, très demandé au kiosque. Le best-seller, cependant, c’est la viande de chameau, que Nasibo Turo Kund achète à la boucherie. Elle en revend environ 2 kg par jour, avec un bénéfice de 200 shillings kenyans (KES, environ CHF 1.65). De plus, selon la saison, s’ajoutent des revenus de 500 à 1000 KES pour le lait de chamelle, plus 800 à 1000 KES pour le reste de son assortiment. Son gain quotidien atteint ainsi 2500 à 3200 KES (CHF 12.40 à CHF 16.50) selon la quantité de lait vendue, qui reste son apport principal.

Indépendante et fière de l’être  

« Une fois les achats et tous les frais d’entretien réglés, il ne me reste presque plus rien. Surtout quand il ne pleut pas, que la chamelle boit moins d’eau et que sa quantité de lait diminue. Mon budget est très serré », explique la jeune femme. Néanmoins, elle et sa famille ne dépendent plus de l’aide alimentaire de l’État, même pendant les saisons extrêmement sèches. « Sans ce projet, je n’aurais eu aucune chance. Mon indépendance est très importante pour moi », souligne-t-elle.

La roue a tourné pour Nasibo Turo Kund, grâce à 5 chèvres et une dromadaire. Elle ensuite pu investir les revenus de la vente de lait dans l'ouverture d'un commerce. (Photo : Christian Bobst / Biovision)