Réorienter les investissements vers l’agroécologie

L’équipe Dialogue politique et plaidoyer de Biovision sait actionner les bons leviers et trouver les mots justes pour faire changer les choses. Sa dernière grande réussite s’appuie sur une étude relative aux investissements dans l’agroécologie.

 

L'une des initiatives récentes les plus efficaces de l'équipe Dialogue politique & Plaidoyer a été l'impulsion donnée à la création de la Transformative Partnership Platform pour l'agroécologie.

Martin Grossenbacher, Biovision

L’agriculture biologique a connu un formidable essor ces dernières années dans le monde entier : en 2020, on dénombrait 3,4 millions de producteurs et productrices certifiés bio et près de 75 millions d’hectares de terres agricoles cultivées en bio1. Pourtant, les méthodes durables ont encore du mal à s’imposer face à l’agriculture conventionnelle. Dans sa présentation des résultats de l’étude « Flux financiers » en 2020, le président de Biovision, Hans Rudolf Herren, constatait : « La plupart des gouvernements continuent de soutenir la Révolution verte aux conséquences néfastes sur les écosystèmes et de croire à la toute-puissance de l’agriculture industrielle pour nourrir le monde. L’expérience a pourtant montré que ces approches étaient vouées à l’échec. C’est d’un changement radical dont nous avons besoin. Pour cela, nous devons investir davantage dans l’agroécologie. »

Actionner les bons leviers

Forte des résultats de cette étude sur les investissements dans la recherche agroécologique, l’équipe Dialogue politique et plaidoyer (P&A) de Biovision a œuvré dans ce sens : « Nous avons rencontré personnellement un grand nombre de décideur·euses et participé à beaucoup de conférences et d’événements en ligne. En nous appuyant sur l’étude ‹Flux financiers›, nous avons examiné les mécanismes qui président aux décisions en matière d’investissement et mis en évidence les obstacles qui doivent être levés pour que davantage de moyens soient investis dans l’agroécologie », explique la responsable de programme P&A Charlotte Pavageau. C’est ainsi, par exemple, que l’équipe est parvenue à faire intégrer explicitement l’agroécologie dans les offres étatiques de conseils aux agricultrices et agriculteurs d’Afrique de l’Est ou à mettre en réseau d’éminents instituts de recherche et de formation. La plus grande université du Kenya prévoit même de créer un département d’agroécologie. En 2021, l’EPF de Zurich a organisé une série de cours magistraux sur le thème de l’agroécologie et le nouveau Zurich Knowledge Center for Sustainable Development (ZKSD) a lancé un programme de recherche en agroécologie. « Notre plus grand succès en Suisse concerne la Direction du développement et de la coopération (DDC) », fait remarquer Matthias Geck, membre de l’équipe P&A : « La DDC s’est appuyée sur notre étude pour revoir son programme global sur la sécurité alimentaire et a finalement décidé de consacrer deux fois plus de moyens aux projets agroécologiques dans les années à venir. »

Mais le plus grand impact sur les flux financiers de l’étude a été la création de la Transformative Partnership Platform (TPP) on Agroecology. Parmi ses membres figurent des instituts de recherche de premier plan, des bailleurs de fonds institutionnels majeurs et d’importantes organisations onusiennes. À l’initiative de la TPP, plusieurs grands projets de recherche en agroécologie ont été mis en place à travers le monde pour un volume de financement d’une centaine de millions d’euros. « Selon nous, l’étude a largement contribué à ce succès. », résume Stefanie Pondini, de l’équipe P&A. « Comme quoi en actionnant les bons leviers, même une petite organisation comme la nôtre peut accomplir de grandes choses. »

« he World of Organic Agriculture 2022 », données datant de 2020 issues de 190 pays, FiBL / IFOAM