Highlight 2014 : Revisiter le savoir des anciens

Dans les basses terres de Tharaka, à l’est du mont Kenya, les gens se battent contre des sécheresses de plus en plus fréquentes. Pour cela, ils s’appuient davantage sur le savoir de leurs ancêtres, ainsi que sur des variétés de plantes traditionnelles. Avec succès.

A Meru et à Tharaka, au Kenya, Biovision
soutient un projet dans lequel diverses graines locales sont à nouveau recueillies, multipliées et diffusées par les agriculteurs.

« Dans le passé, on vivait bien ici », se souvient Neftali Kian’a Miru, de Marimanti, un village des basses terres de Tharaka, une région chaude et aride. « Nous avions assez à manger et les gens respectaient la nature. » Ses deux filles Virginia et Sabella, sa petitefille Josephine et son arrière-petite-fille Baraka tendent l’oreille. Le vieil homme de 82 ans poursuit : « Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de monde, ils ont tous besoin de terre et de bois. Même la colline de Ntugi a été érodée », se désole-t-il. Autrefois personne n’aurait osé y toucher, car le sommet était le domaine des ancêtres. « Il y a moins d’arbres, donc moins de pluie. Toujours plus de sécheresses, toujours moins de récoltes. Et la vie est toujours plus difficile. »

Quand la pluie manque, la faim menace

En plus, la plupart des agriculteurs se sont convertis à des variétés hybrides à haut rendement. Du coup, ils sont devenus dépendants des producteurs de semences, car ils ne peuvent pas reproduire eux-mêmes des graines hybrides. « Et ces nouvelles variétés ne sont pas adaptées au climat sec de Tharaka, ajoute Neftali. Si la pluie manque, elles se dessèchent plus rapidement. Et ça, ça peut facilement déclencher une famine. » Sa fille veuve Sabella acquiesce : « En 2009, de nombreuses familles dépendaient d’une aide alimentaire et ne pouvaient vivre du produit de leurs champs. » Elle sait de quoi elle parle. Elle aussi, elle a dû vendre tout son bétail pour s’en sortir avec ses trois enfants.

Les anciennes variétés de plantes locales sont souvent plus résistantes face aux perturbations de l’environnement que les variétés hybrides modernes.

Les variétés anciennes sont plus robustes

Entre-temps, elle a repris pied et trouvé de nouvelles voies. Avec son groupement paysan, elle a rejoint une initiative de l’Institut de la Culture et de l’Ecologie (ICE), une organisation locale partenaire de Biovision. L’ICE s’engage pour l’environnement, la culture traditionnelle et une vie meilleure pour la population rurale. Cette ONG kenyane combine des connaissances anciennes avec des méthodes agricoles modernes et écologiques, afin de parvenir à une utilisation durable des ressources naturelles. De même, le reboisement avec des essences adaptées et la diffusion de variétés anciennes jouent un rôle important. Neftali et ses filles sont convaincus par cette approche. Sabella cultive cinq sortes de mil et onze de sorgho. Elle fait pousser cinq sortes de haricots mungo, huit de niébé et trois de pois. « Mes produits ont une forte demande et les ventes de semences marchent très bien aussi », se réjouit- elle. A elles seules, les semences lui ont rapporté l’an dernier 50 000 shillings kenyans (500 francs).

Formation et application pratique

Sabella est convaincue que la clé du succès, c’est surtout l’accompagnement pratique que mène l’ICE sur le terrain. Les agriculteurs du groupe ont également commencé la plantation d’arbres. Ils ont éloigné les charbonniers du lieu sacré et veillent à ce que chaque arbre abattu soit remplacé par un jeune plant. Maintenant, la colline sainte de Ntugi reverdit, et Neftali conclut avec soulagement : « Le savoir de nous autres les vieux restera, même quand le dernier d’entre nous sera parti. »